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GoGo Penguin : l’électronique jouée à la main

GoGo Penguin transforme des idées de Logic, Ableton et des synthés en gestes de piano, contrebasse et batterie. Voici comment le trio évolue.

GoGo Penguin : l\u2019\u00e9lectronique jou\u00e9e \u00e0 la main

À la rédaction du magazine grolektif.com, nous entendons GoGo Penguin comme un trio instrumental qui fait passer l’électronique par le corps des musiciens. Des idées nées dans Logic ou Ableton deviennent des motifs de piano, de contrebasse et de batterie. Depuis 2022, des synthés entrent aussi dans la méthode, sans effacer le geste acoustique.

GoGo Penguin est-il un groupe de jazz ou un groupe électronique ?

GoGo Penguin vient du format piano, contrebasse, batterie, mais sa composition emprunte au séquençage, à la répétition et aux accidents du logiciel. Gondwana Records parle d’« acoustic-electronica ». La formule reste descriptive, pas normative. Le trio est acoustique par son noyau de jeu, électronique par les idées qu’il choisit de faire circuler.

Le label Gondwana cite le jazz, le rock, le minimalisme, les bandes-son de jeux et une electronica « glitchy » pour situer le groupe. Ce mélange explique pourquoi l’étiquette « electro-jazz » aide à entrer dans la musique, mais devient vite trop courte. Elle décrit une zone de perception. Elle ne raconte pas la fabrication.

La phrase de Chris Illingworth, rapportée par Blue Note Records à propos de Man Made Object, donne la meilleure porte d’entrée : le groupe « recrée la musique électronique avec des instruments acoustiques ». Rob Turner précisait que plusieurs morceaux commençaient dans Logic ou Ableton. Le trio cherchait ensuite comment les reproduire avec ses instruments.

Comment un morceau électronique devient-il une pièce pour piano trio ?

Le passage se fait en plusieurs opérations. Une idée peut apparaître sur un ordinateur, mais elle doit survivre au transfert vers les mains, les cordes et les peaux. GoGo Penguin conserve parfois la tension mécanique de la source. Il change le matériau qui la produit.

  1. Le groupe part d’une maquette ou d’un comportement sonore dans Logic ou Ableton. La répétition peut servir de squelette. L’ordinateur permet aussi de déplacer un son et d’en tester la réaction avant de chercher son équivalent instrumental.

  2. Les musiciens isolent ce qui fait fonctionner l’idée. Ce peut être une basse obstinée, un décalage, une accélération ou une attaque très courte. L’instrument acoustique n’a pas à imiter toute la piste. Il doit retrouver sa contrainte.

  3. Ils traduisent cette contrainte en geste. Pour F Maj Pixie, Blue Note décrit un passage modifié dans Ableton avec le warp et le time-stretch, puis appris et rejoué par le groupe. L’opération logicielle devient une difficulté physique.

  4. Ils vérifient enfin ce que le trio peut tenir ensemble. Ocean in a Drop vient du travail de rescore live de Koyaanisqatsi. Chris Illingworth y décrit une prise collective, sans superposer séparément les parties. L’esthétique peut évoquer la musique électronique, la captation reste celle d’un groupe qui joue.

Quels instruments donnent cette sensation de machine ?

La sensation vient moins d’un appareil précis que de la manière dont chaque instrument est préparé. Le piano devient percussif. La batterie devient une source de timbres. La contrebasse passe par des micros, des pickups et des effets. Même quand le signal reste majoritairement acoustique, le trio travaille la couleur comme un producteur travaillerait une matière sonore.

Que fait le piano préparé de GoGo Penguin ?

Au Tiny Desk 2018 de NPR, du ruban noir est posé sur certaines cordes pour Bardo. Les cordes étouffées changent l’attaque des notes et rapprochent le piano d’une percussion. L’ingénieur ajoute de la réverbération pendant la session. Le geste acoustique et le traitement électronique restent donc liés dès la prise de son.

Le principe réapparaît sur The Antidote Is in the Poison. Le morceau commence avec une idée de synthé séquencée, puis la version finale revient entièrement aux instruments acoustiques. XXIM précise qu’aucun synthétiseur n’est utilisé dans cette version et que les couches sont jouées en direct, sans overdub. Le piano utilise un prototype de Palm Mute Pedal conçu par Otto Sammy. Ici, le synthé a servi de brouillon. Le son final vient du trio.

Comment la batterie imite-t-elle un beat électronique ?

Rob Turner préparait sa batterie avec une corde, du ruban adhésif et des anneaux métalliques, selon la description NPR du Tiny Desk. Blue Note raconte aussi une expérience où il frappe directement un microphone avec des baguettes souples pour obtenir un effet de beat saccadé qui rappelait Autechre. Le timbre vient alors de l’accident contrôlé, pas d’une banque de sons.

Que fait la contrebasse dans ce dispositif ?

Nick Blacka a présenté en 2020 un système comprenant notamment un DPA 4099, un pickup Underwood, un Audix OM6 et des pédales Electro-Harmonix. Ces éléments sont documentés par Discover Double Bass comme une photographie de son matériel à cette date. Elle montre comment la contrebasse peut garder son attaque de bois tout en gagnant du grain, du niveau et une réponse adaptée aux effets.

Le trio utilise-t-il réellement des synthétiseurs aujourd’hui ?

Oui, et cela modifie la réponse pour la période récente. Between Two Waves, paru en 2022 chez XXIM, introduit un modulaire Eurorack et des synthétiseurs, dont un Moog Grandmother. Necessary Fictions, sorti en 2025, donne officiellement à Chris Illingworth et Nick Blacka des crédits de synthétiseurs. Le trio garde donc son noyau acoustique tout en ajoutant de vrais instruments électroniques.

Ascent montre le passage le plus lisible. Nick Blacka explique que le morceau part d’une batterie électronique et d’une séquence jouée sur son Moog Grandmother. Jon Scott reprend ensuite la sensation rythmique à la batterie acoustique, tandis que la séquence synthétique disparaît. La machine lance l’idée. Le batteur en récupère le mouvement.

Le trajet inverse existe aussi. Un motif peut rester électronique dans la version finale, ou être remplacé par une attaque de piano, un déplacement de basse et un jeu de batterie. C’est pour cela que la présence d’un Moog ou d’un Eurorack ne suffit pas à classer le groupe comme formation électro. Il faut écouter ce que l’appareil fait dans la composition.

Sur Necessary Fictions, XXIM parle du septième album studio et d’un usage plus profond des synthétiseurs modulaires. Le label signale aussi plusieurs voix et invités pour la première fois dans ce champ sonore. « Septième album studio » ne compte donc pas les sorties live, les EP ou l’album de remixes.

Quels disques montrent le mieux cette évolution ?

La chronologie suffit à voir le déplacement. Les premiers albums exposent la traduction acoustique. Les sorties XXIM assument davantage la présence des machines. Entre les deux, le groupe ne change pas de sujet : il teste où une idée électronique peut finir, dans un piano, une contrebasse, une batterie ou un synthétiseur.

SortieDate attestéeCe qu’elle permet d’entendre
Fanfares19 novembre 2012Le premier album documenté, avec Chris Illingworth, Grant Russell et Rob Turner.
v2.0mars 2014Le premier album avec Nick Blacka, dans la formation Illingworth, Blacka, Turner.
Man Made Object5 février 2016, date annoncée par Blue NoteLa méthode Logic ou Ableton vers le trio acoustique devient explicite.
Between Two Waves1er juillet 2022Le premier projet XXIM documenté avec Jon Scott, l’Eurorack et les synthés.
Everything Is Going to Be OK14 avril 2023Le premier album studio avec Jon Scott, selon XXIM.
Necessary Fictions20 juin 2025Le septième album studio annoncé par XXIM, avec davantage de synthèse modulaire.
Call to the Void17 avril 2026Un EP de trois titres et 11:47, qui prolonge l’expérimentation électronique.

Comment la formation a-t-elle changé sans perdre sa méthode ?

Les changements de membres déplacent les gestes, pas le principe de recherche. Fanfares, enregistré en janvier 2012 et publié par Bandcamp et Gondwana le 19 novembre 2012, crédite Chris Illingworth au piano, Grant Russell à la basse et Rob Turner à la batterie. Nick Blacka arrive à la fin de 2012. Gondwana présente v2.0 comme le premier album de la nouvelle formation.

Rob Turner quitte GoGo Penguin en 2021. Le programme 2022 du Barbican parle de son départ l’année précédente et des premiers concerts avec Jon Scott. La première publication XXIM qui met officiellement Jon Scott en avant est Ascent, en février 2022. En 2025 et 2026, XXIM documente Illingworth au piano et aux synthétiseurs, Blacka à la contrebasse, à la basse et aux synthétiseurs, Scott à la batterie.

L’improvisation a-t-elle encore une place dans cette musique ?

Oui. Une composition très construite ne produit pas un concert entièrement séquencé. Nick Blacka l’explique à PAN M 360 : l’improvisation reste présente, notamment sur scène. Le trio fixe une forme et une couleur, puis laisse les musiciens décider de la pression, de la durée et des écarts.

Cette articulation est plus parlante que l’opposition entre écrit et improvisé. Le logiciel peut imposer un point de départ, le jeu collectif décide de ce qui reste vivant. Le guide d’écoute du bebop donne un autre repère pour suivre l’improvisation sans la réduire à une case de plateforme. GoGo Penguin garde l’improvisation en adoptant des méthodes venues de l’électronique.

Quel album écouter en premier pour comprendre GoGo Penguin ?

Nous commencerions par Man Made Object si vous voulez comprendre la thèse du groupe. Le disque relie clairement les maquettes Logic ou Ableton au jeu du trio. Pour entendre la période actuelle, choisissez Necessary Fictions, que XXIM présente comme le septième album studio. Call to the Void est le raccourci le plus récent, avec trois titres et 11:47.

À écouter

Commencez par Man Made Object pour le passage de l’ordinateur aux instruments. Enchaînez avec Ascent pour le mouvement de la batterie électronique vers Jon Scott. Terminez par Call to the Void pour la phase XXIM la plus récente documentée ici.

Pourquoi « electro-jazz » ne suffit-il pas à les décrire ?

Parce que les catégories changent selon le point de vue. Qobuz classe Call to the Void dans le jazz, tandis qu’Apple Music le classe dans l’electronica. Les deux étiquettes parlent de rangement commercial, pas d’une définition musicale partagée. Le terme de Gondwana, « acoustic-electronica », décrit mieux la tension entre le geste et la machine.

Le groupe tient aussi à la relation entre les personnes. Une séquence peut être écrite, mais elle doit être respirée par trois musiciens. Une batterie peut reprendre une idée sortie d’un Moog. Pour prolonger cette question, nous la mettons en regard de la page sur Quincy Jones et l’arrangement et de celle consacrée à Sylvain Luc et l’improvisation polyphonique, sans placer ces projets dans la même esthétique.

Notre jugement est simple. GoGo Penguin n’est pas un groupe électro qui aurait remplacé ses machines par trois instruments. C’est un trio qui a appris à faire jouer des contraintes électroniques par des corps, puis qui a réintroduit des synthétiseurs dans ce même laboratoire. La méthode reste audible.

Questions fréquentes sur GoGo Penguin

GoGo Penguin est-il un trio 100 % acoustique ?

Pour une partie de la période Gondwana et Blue Note, la formule décrivait bien le noyau du groupe. Elle ne suffit plus pour 2022-2026. XXIM documente l’Eurorack, le Moog Grandmother et les synthétiseurs sur les sorties récentes. Certains morceaux reviennent pourtant à une version sans synthé, comme The Antidote Is in the Poison.

Comment obtiennent-ils des rythmiques électroniques ?

Ils peuvent commencer par une batterie électronique, une séquence ou une opération de warp dans Ableton, puis chercher l’équivalent instrumental. Jon Scott reprend ainsi la sensation rythmique d’Ascent à la batterie acoustique. Rob Turner utilisait aussi des objets et des préparations pour changer l’attaque de son instrument.

Nick Blacka joue-t-il sur Fanfares ?

Non. La page Bandcamp de GoGo Penguin crédite Grant Russell à la basse sur Fanfares. Nick Blacka arrive à la fin de 2012. Gondwana présente v2.0, daté de mars 2014, comme son premier album avec Illingworth et Turner.

Qui est le batteur actuel de GoGo Penguin ?

Jon Scott est le batteur documenté par XXIM pour la période 2025-2026. Rob Turner a quitté le groupe en 2021. Jon Scott apparaît officiellement dans cette nouvelle phase avec Ascent, en février 2022.

Page mise à jour le 18 septembre 2026