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Sidney Bechet : vibrato, soprano et Nouvelle-Orléans

Sidney Bechet expliqué par le vibrato, le saxophone soprano, la clarinette et le jazz de La Nouvelle-Orléans, avec des pistes d’écoute datées.

Sidney Bechet a fait du saxophone soprano une voix immédiatement identifiable, sans abandonner la clarinette héritée du jazz de La Nouvelle-Orléans. Son vibrato élargit les notes tenues, mais sa force vient aussi de l’improvisation collective et de son autorité de soliste.

Pourquoi Sidney Bechet reste-t-il identifiable dès la première phrase ?

On le reconnaît moins à une étiquette qu’à une façon de faire tenir la phrase. Blue Note insiste sur son identité de soliste et sur sa maîtrise du jeu collectif. Whitney Balliett décrit en 1958 un vibrato ample et expressif, en distinguant le soprano de la clarinette. Les enregistrements permettent de vérifier ces deux dimensions à l’oreille.

La notice d’autorité de la BnF donne l’orthographe Sidney, et non Sydney. Elle le décrit comme clarinettiste, saxophoniste, compositeur et chef d’orchestre. Bechet naît le 14 mai 1897 à La Nouvelle-Orléans et meurt le 14 mai 1959 à Garches, le jour de ses 62 ans.

Son apprentissage passe largement par la transmission orale. Peter Stone, dans la notice de l’Association for Cultural Equity, rappelle notamment l’enseignement de George Baquet en s’appuyant sur la biographie de John Chilton. Le mot autodidacte peut donc décrire une formation largement hors école, pas une pratique sans maîtres.

En 1917, Bechet rejoint Chicago après ses années de formation en Louisiane. En 1919, il participe à la tournée européenne de l’orchestre de Will Marion Cook. Les biographies associent son adoption du soprano à la période londonienne de ce voyage. Entre 1923 et 1925, il apparaît sur les disques de Clarence Williams et joue notamment avec Louis Armstrong, selon Blue Note et Scott Yanow pour The Syncopated Times.

En 1932, il anime les New Orleans Feetwarmers avec le trompettiste Tommy Ladnier. Son passage au festival de jazz de Paris en 1949 devient une étape décisive de sa reconnaissance française. L’Association for Cultural Equity retient 1950 pour son installation durable en France, à distinguer de ses voyages européens antérieurs.

Comment distinguer la clarinette du saxophone soprano ?

La clarinette et le saxophone soprano peuvent avoir une silhouette proche, surtout quand le soprano est droit. Leur différence acoustique se lit d’abord dans la perce : approximativement cylindrique pour la clarinette, conique pour le soprano. Les deux instruments transpositeurs partagent aussi la référence en si bémol, sans devenir le même instrument.

Yamaha explique qu’un do écrit produit un si bémol réel sur un soprano courant comme sur une clarinette en si bémol. L’Université de Nouvelle-Galles du Sud relie la forme cylindrique ou conique aux régimes de résonance de la colonne d’air. Le timbre ne s’explique donc pas par une opposition simple entre bois et métal.

InstrumentPerceTranspositionExemple chez Bechet
Clarinette en si bémolApproximativement cylindriqueUn do écrit donne un si bémol réel« Blue Horizon », identifié à la clarinette dans la discographie de séance
Saxophone sopranoConiqueUn do écrit donne un si bémol réel sur le soprano courant« Summertime » et « Petite Fleur », identifiés au soprano dans les notices de séances

Cette distinction devient audible si vous annoncez l’instrument avant de lancer le morceau. Dans « Blue Horizon », enregistré le 20 décembre 1944, Bechet joue de la clarinette, selon la discographie de séance de la Sidney Bechet Society. La vidéo mise à disposition par Universal Music Group porte le phonogramme ℗ 1944 Capitol Records.

Que fait le vibrato de Sidney Bechet ?

Le vibrato est une oscillation de hauteur autour d’une note. Sa vitesse et sa largeur sont deux paramètres différents. Chez Bechet, les critiques décrivent un effet ample et expressif. Il faut donc l’entendre comme un geste de phrase, pas comme une recette chiffrée.

Bret Pimentel précise que le vibrato peut aussi modifier l’intensité et le timbre. Jonathan Yanik décrit, pour la pédagogie générale du saxophone, de petits mouvements contrôlés de la mâchoire inférieure qui changent la pression sur l’anche. Il recommande d’abord un son stable et juste, puis le choix de l’endroit où le vibrato intervient.

Le passage transcrit de « Summertime » donne une piste concrète. La fiche du projet Jazzomat situe la transcription entre 00:48 et 03:57 dans l’édition étudiée. La première page de la partition contient plusieurs indications « vib ». La durée de 189,1 secondes concerne le segment transcrit, pas automatiquement tout le morceau, et la transcription ne mesure pas la vitesse réelle de l’oscillation.

À écouter

Comparez « Summertime », au soprano, avec « Blue Horizon », à la clarinette. Pour le premier titre, la fiche Jazzomat et son PDF de transcription fournissent le repère 00:48 à 03:57 et les indications « vib », sans minutage analytique pour le second.

Pourquoi le soprano tient-il une place si forte chez Bechet ?

Le soprano lui donne une ligne qui peut rester au premier plan tout en entrant dans une conversation collective. Son adoption est associée à Londres en 1919. Les séances de « Summertime » et de « Petite Fleur » permettent ensuite d’entendre deux usages liés au soprano, l’un consacré à une musique de George Gershwin, l’autre à une composition de Bechet.

« Summertime » est enregistré à New York le 8 juin 1939. Bechet y joue du soprano avec Meade Lux Lewis au piano, Teddy Bunn à la guitare, Johnny Williams à la contrebasse et Sid Catlett à la batterie. La publication originale paraît sur Blue Note 6. Une page biographique du label affiche 1938, mais la notice de séance et le bilan anniversaire de Blue Note donnent 1939.

« Petite Fleur » est enregistré à Paris le 21 janvier 1952. Bechet y joue du soprano avec ses All Stars, matrice 52V4176. La discographie de séance la rattache à sa composition. Cela corrige une confusion fréquente : la clarinette documentée sur « Blue Horizon » et le soprano documenté sur « Petite Fleur » correspondent à des versions précises, pas à toutes les reprises des titres.

Le soprano n’enferme pas Bechet dans une seule formule. Le 17 juin 1957, à Paris, il joue « All the Things You Are » et « Embraceable You » avec Martial Solal, Pierre Michelot et Kenny Clarke, selon le texte de pochette reproduit par Sidney Bechet Productions. Cette séance montre qu’une rencontre avec le jazz moderne ne se résume pas à une opposition entre ancien et nouveau.

Pour d’autres points d’écoute, consultez l’analyse de « My Favorite Things », notre page sur le bebop, puis le portrait de Sonny Rollins.

Comment Bechet s’inscrit-il dans le jazz de La Nouvelle-Orléans ?

Le jazz de La Nouvelle-Orléans vient d’une vie musicale collective nourrie par des traditions afro-américaines, le blues, le ragtime, les musiques de danse et les fanfares. Le National Park Service décrit des ensembles où cornet, clarinette et trombone se partagent les lignes, avec une section rythmique et une place centrale pour l’improvisation collective.

Bechet prend place dans cette histoire sans pouvoir la résumer à lui seul. Blue Note souligne son importance comme soliste à l’identité immédiatement reconnaissable et rappelle aussi sa maîtrise du jeu d’ensemble. Sa particularité tient à la coexistence de ces deux niveaux : une voix qui s’impose et une musique qui reste une conversation entre plusieurs lignes improvisées.

Le morceau « Shag », enregistré à New York le 15 septembre 1932 par les New Orleans Feetwarmers, rend ce lien concret. La composition est de Joe Jordan et la publication est notamment associée à Victor 24150-A, selon la discographie spécialisée de The Syncopated Times. On peut y suivre le nom de la formation, plutôt que d’imaginer Bechet comme un soliste détaché de tout ensemble.

Quels enregistrements permettent de suivre ses instruments ?

Une écoute utile part des dates de séance, pas des années affichées sur une compilation. Les références ci-dessous alternent soprano, clarinette, jeu collectif et superposition de parties.

Date et lieuEnregistrementCe que l’on peut suivre
30 juillet 1923, New York« Wild Cat Blues » et « Kansas City Man Blues », avec Clarence WilliamsScott Yanow les identifie comme les premiers enregistrements de Bechet effectivement publiés
8 juin 1939, New York« Summertime », musique de George GershwinLe soprano face au piano, à la guitare, à la contrebasse et à la batterie
Avril 1941, New York« The Sheik of Araby »Bechet joue successivement soprano, clarinette, ténor, piano, contrebasse et batterie
20 décembre 1944, New York« Blue Horizon »La clarinette dans une formation avec Sidney de Paris, Vic Dickenson, Art Hodes, Pops Foster et Manzie Johnson
21 janvier 1952, Paris« Petite Fleur », avec les All StarsLe soprano et une composition de Bechet, matrice 52V4176
17 juin 1957, Paris« All the Things You Are » et « Embraceable You »Le soprano avec Martial Solal, Pierre Michelot et Kenny Clarke
12 décembre 1958« Silent Night » et « White Christmas », séance de NoëlUne séance avec Jean-Claude Pelletier à l’orgue et Claude Gousset au trombone, publiée sur un disque de 1959

Mal Collings donne le 18 avril, tandis que Scott Yanow et l’Association for Cultural Equity donnent le 19.

La séance de Noël rappelle une règle de lecture : Sidney Bechet Productions distingue la répétition du 10 décembre 1958, l’enregistrement du 12 décembre et le disque de 1959.

Comment écouter un morceau de Bechet sans tout mélanger ?

Identifiez d’abord la version, la date et l’instrument. Écoutez ensuite une note tenue, puis la phrase qui se déplace autour d’elle. Revenez à l’ensemble pour entendre les lignes qui l’accompagnent. Enfin, distinguez toujours la composition du musicien qui l’interprète, car « Petite Fleur » et « Summertime » ne racontent pas le même crédit.

  1. Écrivez « soprano » ou « clarinette » avant l’écoute. « Summertime » est documenté au soprano, « Blue Horizon » à la clarinette.
  2. Repérez une note tenue et écoutez le mouvement de hauteur autour d’elle. Le vibrato peut être large sans être rapide.
  3. Réécoutez le passage avec l’ensemble. La tradition décrite par le National Park Service repose sur plusieurs lignes improvisées, pas sur une seule voix isolée.
  4. Vérifiez le crédit. « Summertime » est la musique de George Gershwin, tandis que « Petite Fleur » figure parmi les compositions de Bechet.

Questions fréquentes sur Sidney Bechet

Sidney Bechet jouait-il de la clarinette ou du saxophone soprano ?

Des deux. La discographie identifie le soprano dans « Summertime » et « Petite Fleur », et la clarinette dans « Blue Horizon ». Ces identifications concernent les versions documentées. La BnF le décrit d’ailleurs comme clarinettiste et saxophoniste.

Qu’est-ce que le vibrato chez Sidney Bechet ?

C’est une oscillation de hauteur autour d’une note, avec une vitesse et une largeur qui peuvent varier séparément. Whitney Balliett en décrit le caractère ample et expressif.

Quelle version écouter pour entendre le soprano ?

Débutez par « Summertime », enregistré le 8 juin 1939 à New York, puis comparez avec « Petite Fleur », enregistré le 21 janvier 1952 à Paris. Les deux séances documentent Bechet au soprano, dans des formations et des contextes différents.

Sidney Bechet a-t-il inventé le jazz à lui seul ?

Non. Le National Park Service décrit une genèse collective du jazz de La Nouvelle-Orléans, nourrie par des communautés, des pratiques et de nombreux musiciens. On peut défendre les qualificatifs de pionnier et de grand soliste. Celui d’inventeur unique ne correspond pas à cette histoire.

« Summertime » a-t-il été enregistré en 1938 ou en 1939 ?

La notice de séance Blue Note donne le 8 juin 1939. Une autre page biographique du label affiche 1938, mais le bilan anniversaire de Blue Note retient aussi 1939. Pour cette version, nous suivons la date de séance du 8 juin 1939.

L’expérience de 1941 est-elle déjà du multipiste moderne ?

Bechet joue plusieurs parties successivement sur « The Sheik of Araby », dont le soprano, la clarinette, le ténor, le piano, la contrebasse et la batterie. La source documente une superposition de parties.